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Pourquoi ?
Depuis mon retour en France en 2022, le fonctionnement de Pikselkraft a beaucoup évolué aussi bien dans sa gestion que techniquement.
Le problème est que l'ancien site ne reflétait pas les derniers changements principalement par manque de temps pour le faire évoluer et en raison d'une approche de l'édition qui s'écarte de mes pratiques actuelles. Sa structure doit changer pour transmettre ces changements et faciliter le travail d'écriture. Le site doit montrer quatre points :
- la nouvelle organisation (indépendant + écosystème),
- faire une présentation simple des activités en les divisant clairement : conception web, accompagnement (gestion de projet et audit), formations et une partie plus expérimentale,
- être un site centré sur les ressources (digital garden) sur des sujets variés de l'écoconception à l'accessibilité, la critique numérique et du permacomputing (aspect plus expérimental),
- offrir aussi bien par le design que la technique un principe de data-first et content-first, le contenu doit reposer sur des formats de fichiers simples plutôt que l'interface (markdown, texte, tsv).
Techniquement, j'ai pu grâce à ma participation dans un collectif à Strasbourg (Katzele) nettement réduire la complexité de mes projets et de ma gestion en général (usage du terminal, des commandes unix, shell). C'est un point qu'il faut mettre en avant en montrant l'impact sur les usages du numérique notamment sur les machines (durée de vie et besoin de puissance de calcul). Ce cadre permet de dépasser l'écoconception en cherchant des usages différents qui dépassent la simple sobriété. Je parle désormais plus de convivialité, robustesse, mais aussi d'artisanat.
Ce retour aux sources du numérique (terminal, réduction volontaire de puissance de calcul) amène à travailler de manière plus « manuelle » avec un plus grand contrôle sur les projets. La durabilité est au coeur du processus, ce principe s'oppose fortement aux logiques industriels du web où les dépendances à des outils externes est très forte (frameworks, librairies, IA).
Cette logique de travail m'a amené à repenser les objectifs de mon site et la manière dont je veux l'utiliser. Je voulais pouvoir éditer plus rapidement mon site sans passer nécessairement par une interface pour faciliter la publication de contenu.
À cela s'ajoute aussi un retour à la mise en avant de petit site plus personnel (small web, IndieWeb) et décentralisé. L'idée est aussi de publier en premier sur son site plutôt que sur des plateformes (où je ne suis plus présent de toute manière). C'est dans cette logique que je mets en avant un flux RSS et des informations plus précises sur les publications (date de mise en ligne, date de mise à jour, contexte, etc.).
Partir d'une version plus simple, mais qu'il sera plus facile de faire évoluer est aussi un objectif de cette refonte. Je suis resté bloqué trop longtemps avec une version qui ne correspondait plus à mes pratiques, mais je n'ai jamais osé sortir des productions que je mettais trop de temps à publier.
Comment ?
En résumé, je liste les directions que j'ai choisies pour cette refonte :
- avoir une édition plus simple, sans interface, basée sur des fichiers .md, .txt, .yml et des .tsv,
- une nouvelle image pour sortir du vert écoconception et revenir à une notion d'artisanat et de qualité qui correspond mieux à mes pratiques,
- ancrer l'identité dans un territoire pour accompagner des recherches sur le numérique et le bioregionalisme ainsi qu'une envie de travailler plus localement,
- jouer avec des nouvelles fonctionnalités tout en appliquant un code plus qualitatif,
- mettre à jour mes pratiques d'accessibilité et d'écoconception,
- mettre les navigateurs textuels au centre du développement,
- utiliser l'Unicode et l'ASCII dans l'identité,
- mettre en place des nouvelles techniques (gammes couleurs, gestion des polices), mais toujours avec un support de navigateurs plus anciens,
- faire évoluer mes pratiques d'édition (digital garden, flux RSS, format d'édition plus simple),
- faciliter l'écriture, car je ne prenais plus le temps d'écrire sur l'ancien site,
- simplifier le site en me concentrant sur la version française en cohérence avec mon ancrage local,
- simplifier les contenus de services et présenter les projets de manière systémique (cycle de vie des projets, prendre soin des projets),
- augmenter les contenus de recherches et les notes,
- avoir un outil pour suivre la maintenance plus facilement,
- avoir des outils de publication via le site (web2print),
- utiliser le site pour les offres avec des techniques de web2print.
La nouvelle identité
L'ancienne identité marquée l'engagement écologique, mais c'est devenu un poncif (couleur verte, écoconception). Elle ne reflète plus la vision du numérique que je développe (numérique convivial plutôt que numérique responsable) et elle est éculée (avec un usage courant pour de l'écoblanchiment). Il faut aussi reconnaître que l'écoconception ne peut que avoir un impact limité sur la pollution numérique comparée à la production d'appareils électroniques et des usages en croissance plus impactant (bonjour les LLMs et les data centers). L'écoconception sans une approche éthique et engagée aura vite le rôle d'un vernis vert.
Mes pratiques ont aussi beaucoup évolué avec un usage plus poussé des logiciels libres avec Linux et le terminal. L'identité doit transmettre cette culture, tout en montrant que le résultat peut être graphique.
Graphiquement l'inspiration des TUI (terminal user interface), les standards UNICODE, mais aussi une image plus proche de l'artisanat et de la bidouille (esprit hacker à la française) est nécessaire pour refléter mon approche. Je souhaite sortir de l'aspect vert de l'écoconception pour la dépasser et ouvrir des idées plus expérimentales.
D'où l'appel à une image d'artisanat et aux traditions locales (enluminure, caractères typographiques) pour mêler le savoir faire de la tradition et l'apport moderne des technologies (la partie positive du numérique). Cette tradition s'intègre aussi dans un territoire, la Bourgogne, en reprenant l'image des manuscrits (dont deux Abbayes présentes sur mon territoire : Notre-Dame de Cîteaux et de Saint-Vivant) et les couleurs des tuiles vernissées.
L'idée est vraiment d'avoir le texte, les formes disponibles dans le web comme point de départ. J'ai démarré ma conception pour le terminal pour un rendu en TUI (Text-based user interface) pour arriver à des visuels plus travaillés sur ce support. La notion d'amélioration progressif est très importante. L'identité doit être visible dans un terminal malgré les contraintes techniques fortes. Si les usages disposent de plus d'options offertes par un navigateur moderne, alors seulement l'identité propose une expérience différente. Le tout doit évidemment être sobre et éviter la surenchère technologique.
Outre la simplification des couleurs pour permettre une plus grande variété de textes (présentation, articles, notes, ressources), la typographie a été une longue question à traiter. Il a fallu s'assurer que le design fonctionne avec une police système, mais aussi proposer une expérience plus personnalisée en choisissant une police qui mêle des influences anciennes (polices humaniste) avec la modernité du numérique. Cet ancrage dans des polices plus historiques doit souligner l'aspect de recherche que je développe qui correspond plus à une étude des débuts du numérique qu'une recherche d'innovation constante. L'aspect moderne a surtout un objectif de lisibilité sur écran (sans serif).
J'ai opté pour deux polices :
- La police Paysage pour son aspect moins arrondi, plus lisible, sa création en France et sa licence plus proche des valeurs de Pikselkraft.
- La police Bonto pour aspect plus mécanique, assemblage de pièces. Cette police sert principalement pour les titres.
Le choix d'un design system basé sur une échelle typographique permet d'avoir une flexibilité importante pour organiser les différents contenus.
Changement de nom de domaine
Je suis passé du .com au .fr pour cette nouvelle version. C'est clairement un choix juridique et un engagement. Je ne voulais plus dépendre d'une extension géré aux État-Unis. Le .fr est beaucoup plus cohérent avec l'attention que je porte à ne pas dépendre de la juridiction US. L'actualité me conforte dans ce choix bien trop régulièrement.
Proposer un autre numérique
Les contenus seront moins fixes en suivant les principes du Digital Garden. L'idée sous-jacente est de pouvoir publier des notes progressivement et de les faire évoluer vers des contenus plus matures si besoin. Cela évite d'avoir énormément de notes non publiées qui peuvent pourtant avoir de la valeur pour d'autres projets. Cette façon de publier permet aussi de plus facilement partager des idées et ouvre des discussions potentielles.
Des formats me permettent aussi de faire évoluer plus facilement les contenus pour proposer des dispositions plus variées. Par exemple un fichier tsv pour afficher les projets ou des logs via du yml ou json pour les contenus chronologiques comme la page en ce moment.
Pour le moment, j'ai appliqué quelques fonctionnalités courantes (mode clair ou sombre, filtre sur les images pour réduire le poids, quelques messages et styles dédiés aux navigateurs textuels ou usagers qui bloquent JS), mais j'aimerais aller plus loin dans la démarche en proposant un mode hors-ligne pour la nuit, en travaillant sur de l'auto-hébergement. Quelques aspects serveurs m'intéressent pour réduire la consommation de bandes passantes pour les bots (spams, IA) sans pour autant pénaliser les usages avec des outils trop lourds (comme Anubis). J'ai appliqué quelques techniques de contournements qui sont pour le moment insuffisantes.
Les évolutions
Le site présente une structure plus simple qui me permet de plus facilement le faire évoluer ou de tester des hypothèses.
Les prochaines évolutions vont se concentrer sur un travail d'illustration qui accompagner l'identité pour lui donner plus de présence.
Une optimisation du code est prévue, notamment pour réduire le CSS qui n'est pas encore assez simplifié.
Un passage a un site statique complet sera aussi prévu pour vraiment simplifier l'hébergement du site. Pour le moment, j'ai gardé une génération via le CMS Kirby pour tester des fonctionnalités pour des futurs projets, mais la structure dépendante de fichiers (md, yml, tsv) devrait me permettre de facilement basculer vers un site statique.