Sommaire
C'est mon nouveau sujet de prédilection, le croisement entre numérique et biorégion. J'avais déjà écrit un premier article d'introduction. Cette fois-ci, je vais plutôt traiter des questions pratiques : comment mettre en place cette réflexion dans mon travail actuel et futur.
Une logique locale
La première piste la plus évidente est tout simplement de travailler plus localement. C'est un point prioritaire, sur lequel je me concentre pour avoir des projets plus proches géographiquement. C'est une logique assez évidente pour comprendre, connaître et participer à une biorégion, mais cela reste une démarche de communication et de contact principalement. Mes services ne seront pas nécessairement régionaux, surtout dans le cas du numérique et du web.
L'hébergement des services
Il est nécessaire de compléter le travail de proximité en proposant des services et du matériel locaux. La production de services peut être locale, mais ce n'est pas encore le cas de l'hébergement. Proposer un service d'hébergement proche géographiquement qui utilise des énergies renouvelables est une réponse à envisager. Une offre d'hébergement qui prend en compte l'énergie et le refroidissement entraîne rapidement des défis techniques importants. Pourtant la robustesse offerte par l'écoconception et le permacomputing permet de réduire cette complexité. Il est même envisageable de penser à des structures construites avec des matériaux naturels endémiques au lieu du classique centre de données dans des hangars. Pour une architecture bioclimatique, en Bourgogne, on pense à la pierre sèche et aux enduits en terre pour réguler la chaleur et bien gérer l'humidité.

Le matériel informatique
Il reste le problème des équipements informatiques : vu la chaîne de fabrication mondialisée du numérique, cet aspect est hors de portée d'une production locale. La seule réponse envisageable à cette problématique est le réemploi et le recyclage. Avec un numérique sobre, l'utilisation de logiciels robustes et libres demande moins de puissance, ce qui rend cette pratique possible et cohérente. Il y a une telle quantité d'appareils produits avec une obsolescence logicielle et matérielle forte que la manne de machines à réutiliser est suffisante. Le réemploi devrait simplement être la norme dans nos sociétés. Cette approche rejoint la logique de faire durer et prendre soin. Un aspect au cœur des biorégions.
Il est aussi possible d'imaginer une évolution différente de nos appareils. Pour le moment, c'est l'augmentation de puissance en continu qui a guidé les innovations, mais il est tout à fait imaginable de changer cette ligne directrice pour préférer la durabilité ou l'économie d'énergie. La conception de processeurs avec d'autres architectures ou d'autres matériaux pourrait répondre à ces nouvelles opportunités.
Repenser internet
Il reste le problème des logiciels et surtout des services, notamment quand ils sont en réseau. La plupart des outils qu'on utilise en ligne ne sont pas hébergés près des usagers. Un courriel envoyé en France peut très bien transiter par les États-Unis pour revenir... en France. Sur cet aspect, il y a plusieurs solutions à inventer. Développer des offres plus proches avec un hébergement local. Plutôt qu'un modèle uniquement centralisé, on peut imaginer des architectures fédérées avec des nœuds locaux qui peuvent communiquer entre eux. Un mécanisme qui gère la communication dans une biorégion avec la possibilité d'avoir des passerelles avec les autres biorégions. En Bourgogne, quelques centres de données sont présents, mais ils concernent plus des grands comptes (DTIX ou hébergement de santé). La réponse adaptée revient donc à une logique de mini-serveurs et de l'auto-hébergement.
Il est intéressant de mettre l'aspect réseau de côté avec la proximité offerte par une biorégion. Les services peuvent être hors-ligne et offrir d'autres moyens d'échanger ou synchroniser des données (les fameux câbles, clés USB et disques durs). Des lieux de partage qui centralisent les usages existent déjà (bibliothèques, MJC, écoles, cafés), tout comme des solutions mobiles (bus, services postaux). Il s'agit de développer de nouveaux usages et partages à partir de l'existant.
Tous ces aspects permettent de mettre en place une infrastructure locale qui ne dépend pas du réseau mondial dont plus de 90% des données circulent via des câbles sous-marins et points névralgiques (IXP, centres de données hyperscales). Ce type d'installations et de services doit fonctionner de manière autonome, hors-ligne ou en réseau local.
Les pistes que je cherche à développer
Ce constat m'amène à travailler sur plusieurs points :
- travailler avec des clients plus proches,
- développer des offres d'hébergement locales qui proposent des services robustes,
- créer un logiciel sur un modèle de service local (hors-ligne, réseau et hébergement local, structure simple de données, logique proche du permacomputing),
- ancrer ce logiciel localement en proposant des services destinés aux vigneronnes et vignerons, un secteur culturel et économique central en Bourgogne.